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- émission Le Passage de Midi du 20/11/2015 par Denisa Kerchova : à écouter ici

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Les journées de musiques anciennes de Vanves sans tabous

Par Charlotte Saulneron-Saadou le

L’ensemble Micrologus s’est spécialement distingué lors de la 7ème édition des journées de musiques anciennes à Vanves. Autour de chants carnavalesques et frottoles italiennes du XVe et XVIe siècles, leur « repas de la mariée » s’est révélé particulièrement gourmand, dévoilant une Italie en apparence pieuse qui frôle en vérité avec l’érotisme et des transgressions à peine dissimulées.  

En trois jours, ce ne sont pas moins de cinq concerts, un salon de lutherie (l’un des plus grands d’Europe), un colloque de musicologie, des ateliers de découverte, des master-classes, des sessions musicales dans les cafés et le premier concours international dédié aux répertoires du Moyen-âge et de la Renaissance (grande nouveauté de cette septième édition) qui sont proposés aux Journées de musiques anciennes à Vanves, tout cela autour d’une problématique : « les tabous d’hier peuvent-ils nous aider à prendre conscience de ceux de notre société d’aujourd’hui ? »

Dans l’Ode, le nouveau conservatoire de la ville, l’ensemble médiéval italien Micrologus a choisi de mettre en avant l’érotisme et la transgression cachée dans les chants carnavalesques et les frottoles italiennes du XVe et XVIe siècles. C’est avec humour et un brin d’impertinence que chaque spectateur est invité au « repas de la mariée » afin de découvrir notamment une surprenante recette médiévale pour faire des lasagnes, De mia farina fo le mie lasagne (Archivio di stato 184 Mncini Codex), une chanson fantasque sur le repas que la mariée va manger durant la nuit de noces, Che mangerà la sposa ? une fagiana grigia (à prendre évidemment au second degré), ou bien encore plusieurs danses exécutées dans tous les banquets de la Renaissance comme prétexte à la parodie et donnant lieu à la représentation symbolique d’un monde exotique tournant autour du jeu, de l’amour, de la guerre et de la dérision du pouvoir.

C’est avec constamment le sourire aux lèvres que nous goûtons à la douce complicité et aux généreuses polyphonies vocales de Patrizia Bovi, fondatrice du groupe, du Cantore al liuto Simone Sorini particulièrement juste pour retranscrire les caractéristiques de cette figure particulière de musicien dont nous avons presque totalement perdu la trace aujourd’hui, et du baryton percussionniste Enea Sorini d’une parfaite sobriété. Leurs interventions comme dans la chanson de filles à marier en début de concert (Le son tre fantinelle tutte e tre da maritare), ou a capella dans la frottole Una vecchia sempiternosa (une vieille pleine de puanteurs insupportables !), rythment la soirée. Le trio est bien entouré par Leah Stuttard dont le jeu sur sa harpe avec harpions paraît étonnamment moderne grâce à des accents et une dynamique bien singuliers ; par Gabriele Miracle, discret mais efficace au dulcimer tout comme son acolyte Gabriele Russo à la vièle et au rebec, et enfin par Goffredo Degli Esposti qui donne avec sa cornemuse et sa flûte une saveur sonore incontournable pour rendre la soirée variée et riche. La simplicité des pièces, chacune évitant la complexité du contrepoint au profit d’un style déclamatif sur une mélodie linéaire agrémentée de rythmes clairs et répétitifs, permet de rendre la réception de cette musique immédiate à tous.

La première partie du concert a donné l’occasion de mettre en lumière quatre étudiantes du conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. Le répertoire vocal et instrumental composé spécialement pour les dames de Ferrare à la Cour du Duc Alfonso II à la fin du XVIe siècle et interprété par ces jeunes femmes, sont de jolies mignardises pour ouvrir l’appétit, Axelle Verner et Alice Duport Percier exécutant parfaitement de riches mélismes et Albane Imbs se démarquant particulièrement à travers une Toccata de Kapsberger d’une agréable virtuosité à l’archiluth dont la taille et l’accord « rentrant » rendent habituellement difficile l’exécution d’un répertoire solo.

 

 

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Journées de musiques anciennes - Journal La Terrasse n°236 / octobre 2015
Sixième édition conjuguée au féminin pluriel en compagnie de marco beasley, joseph rassam et des ensembles musica nova, l’achéron, l’escarboucle, etc.
elles. reines, guerrières, déesses, musiciennes, muses, amoureuses, épouses. Pour sa 6e édition, les Journées de musiques anciennes nous font rencontrer toutes les femmes.
celles d’hier et celles d’aujourd’hui.
Ce festival s’ouvrira avec les voix de l’ensemble Musica Nova. L’eglise Saint-rémy résonnera au son du premier Stabat Mater de l’Histoire de la musique et de compositions mariales datant de la fin du xve. Au théâtre de Vanves, l’organiste Joseph rassam frôlera du bout des doigts le visage de femmes avec des transcriptions d’hymnes, de motets et de chansons de Dunstable et de Lassus. L’ensemble l’Archéron fera escale en espagne, en Angleterre et au cap de bonne-espérance à travers un cycle de danses poétiques : the Fruit of Love d’Anthony Holborne.
Le ténor Marco beasley lèvera quant à lui le voile sur Laura, un ensemble de poèmes de Pétrarque entièrement inspirés par une jolie jeune femme sortant d’une église. Une vibrante déclaration d’amour musicale avec Stefano rocco à l’archiluth et à la guitare baroque et Fabio Accurso au luth. Pour clôturer cette programmation riche, les talentueux musiciens, chanteurs et danseurs de l’escarboucle dépeindront les principales étapes de la vie d’une femme de l’europe du xvie siècle dans des compositions signées Landi, Playford, Sermisy, Agricola ou encore Certon.
trois jours de pur plaisir musical associés au plus grand salon international de lutherie ancienne d’europe. Sans oublier le colloque consacré à la musique et à la féminité et les 50 jeunes artistes qui offriront des concerts gratuits un peu partout dans la ville. Un encore jeune festival à découvrir.

   

 

 

 

 

   
   
   

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L'éducation musicale n°97

Pour leur 6 ème édition, les Journées de Musiques Anciennes de Vanves seront placées sous le signe de l'identité au féminin pluriel. Cette thématique sera déclinée par l'ensemble Musica Nova (20/11, Église Saint Remy, 20H30) qui dans un programme « Comme femme desconfortée » joueront Gilles Binchois et les compositeurs de la fin du XV ème, Alexander Agricola, Johannes Ghiselin, Heinrich Isaac ou Josquin Desprez ; puis par l'Ensemble l'Achéron (21/11, Théâtre de Vanves, 19H), qui pour une rencontre entre musique, danse et poésie, célébrera « The fruit of Love » d'après l'oeuvre de Anthony Holborn (1545-1602). La voix pure de Marco Beasley accompagné de deux musiciens au luth et à l'archiluth chantera « Laura » pour illustrer une figure de Francesco Petrarca, le célèbre poète italien (21/11, l'Ode - Conservatoire de Vanves, 21H). Les « Sept étapes de la vie d'une femme », à travers des chansons populaires des XVI et XVII ème siècles, seront illustrées par l'ensemble l'Escarboucle (22/11, Théâtre de Vanves, 16H). Enfin l'organiste Joseph Rassam, sur un instrument copie du XV ème, jouera des pièces de Dunstable et de Lassus pour célébrer le « Visage sacré et profane de la femme entre Moyen-Age et Renaissance » (22/11, Théâtre de Vanves, 18H). A noter qu'avant chaque concert se produiront, pendant un quart d'heure, des élèves du CRR de Paris, du CESMD de Lyon ou du Pôle supérieur d'enseignement artistique de Boulogne-Billancourt.

Ces Journées de Vanves sont aussi l'occasion d'un salon des luthiers, qui dans trois lieux (La Palestre, Panopée et l'Hôtel de Ville) présenteront plus d'une centaine d'exposants, professionnels (facteurs, luthiers, fabricants d'accessoires, maisons d'édition de partitions, labels,... ) venus du monde entier. Comme d'un colloque (dissertant sur les thèmes «compositrices, interprètes, écrivaines » ; « factrices, luthières, femmes et veuves d'artisans » ;« organisatrices d'événements, gardiennes des élégances », etc.), mais aussi de conférences, tables rondes et débats. Et ce en partenariat avec l'Association Musique ancienne en Sorbonne.

Du 20 au 22 novembre 2015, divers lieux à Vanves, dont le Théâtre de Vanves, 12 rue Sadi Carnot.
Renseignements et réservations : 11, avenue Jacques Jézéquet, 92170 Vanves ; par tel : 01 41 33 93 70 ; en ligne : journees-musiques-anciennes.org ou theatre-vanves.fr

Diapason n°640

 

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Concertclassic 02/12/2015
Journées de Musiques anciennes de Vanves 2015 – Clôture à l'orgue médiéval - Compte-rendu
Michel ROUBINET

En clôture de leur 6ème édition, les Journées de Musiques anciennes de Vanves proposaient deux concerts le dimanche 22 novembre, chacun, selon la coutume, introduit par une première partie confiée à des ensembles d'étudiants. Précédé d'une sympathique séquence de musique française du XVIIIe siècle (Francoeur, Forqueray) par l'Ensemble Daphné (Département de Musique ancienne du CESMO Poitou-Charentes) : Kumiko Wada (violon), Sylvie Françoise (viole de gambe) et Ayumi Nakagawa (clavecin) – beau travail de style et de « jouer ensemble » auquel, toutefois, faisait encore défaut la liberté de jeu que donne un surcroît d'assurance et de maturité –, le premier concert de l'aprèsmidi, au Conservatoire de Vanves, permit d'entendre l'ensemble Mediva, spécialisé dans les musiques des XIIe au XVe siècles.
Intitulé Milde Moder – Douce Mère, sous la houlette d'Ann Allen (chalemies, flûtes et direction), avec Corina Marti (clavicembalum pur et présent, flûtes) et Sam Dommergue (percussions), mais aussi Carine Moretton (cornemuses et flûtes), directrice artistique du Festival, ce florilège de Musique pour la Vierge Marie dans l'Angleterre du Moyen-Âge réunissait différentes pièces autour du thème de l'Annonciation ainsi que des noëls chantés par le baryton Thill Mantero : timbre et diction d'un naturel vivifiant, sous-tendus d'une étonnante prononciation des textes, entre allemand adouci et très peu d'anglais d'aujourd'hui, également des i pour ainsi dire à la française, le tout très singulier de ton.
Merveilleusement rythmé, haut en couleur – les musiciens étant libres, pour un tel répertoire, d'instrumenter selon leur fantaisie tout en puisant dans l'instrumentarium du temps –, parfois répétitif jusqu'à la transe et chaleureusement festif : une introduction idéale aux célébrations musicales de l'hiver.

Le second concert, au Théâtre de Vanves, était à son tour précédé d'une « première partie » confiée au déjà remarquable Ensemble Libera Me ! (Département de Musique ancienne du CNSMD de Lyon) : Isaure Lavergne (flûte à bec), Maximin Catineau (viole de gambe – sereine aisance assortie d'une souplesse et d'une musicalité affirmées), Matthieu Jolivet (clavecin), tous à l'écoute d'Alice Duport-Percier (dessus). Le programme était consacré à une insigne rareté : le généreux et touchant Misere de Joseph Michel (1688-1736), maître de chapelle à la Sainte-Chapelle de Dijon. La jeune soprano fit forte impression, par sa sobre élégance, stylée et assurée, son timbre immaculé et une lumineuse présence, à travers le texte poétique et musical, digne d'éloges.
Le second concert proprement dit plongea l'auditeur dans un tout autre univers, non moins rare : celui de l'orgue médiéval et Renaissance. En l'occurrence un positif de table construit par Quentin Blumenroeder (1) d'après la tapisserie d'Angers dite « la Dame de Rohan ». Un seul jeu : un principal en plomb de 6 pieds, aux timbres amples et aux attaques à la fois douces et mordantes. C'est fou ce que l'on peut faire, sans lasser l'auditeur, sur un seul jeu de cette qualité harmonique, actionné par un clavier de 39 touches de petites dimensions exigeant des doigts de fée pour ne pas trébucher – tout en maniant du pied droit le soufflet, extrêmement sensible pour un vent optimal de vivacité, via un léger mécanisme moderne à équerres.

Quentin Blumenroeder – Orgue médiéval de table d'après la tapisserie d'Angers DR
Joseph Rassam (photo), titulaire de l'orgue Bertrand Cattiaux d'Amilly (Loiret) n'en proposa pas moins un vaste panorama des XVe et XVIe siècles, tant en France et dans les pays germaniques qu'en Italie ou en Espagne, en cette époque où la musique vocale s'empare des claviers : Dufay, Buxheimer Orgelbuch (v.1480 – ici d'après Binchois et Dunstable), Hans Kotter, Fridolin Sicher, Pierre Attaingnant, Leonhard Kleber (d'après, entre autres, Josquin Desprez), Marcantonio et Girolamo Cavazzoni, Antonio de Cabezón, Luys Venegas de Henestrosa, Bernhard Schmid (d'après Lassus). Soit des pièces non spécifiquement ou nécessairement destinées à ce type d'instrument « minimaliste », mais donc d'une richesse intense, souvent débordantes d'une virtuosité conquérante par le biais de diminutions plus vives que l'éclair, le plus souvent dans l'aigu du clavier mais aussi sur l'ensemble de la tessiture. Et c'est peu dire que la présence de l'instrument, superbement touché, tint en éveil l'auditeur, émerveillé.
Un regret cependant, s'agissant d'un orgue aussi rare dans sa facture et son esthétique que le répertoire lui-même : que Joseph Rassam n'ait pas présenté l'instrument et guidé le public vers ce répertoire singulier, d'autant que l'obscurité dans la salle empêchait de lire le programme, les pièces virevoltantes et variées s'enchaînant dans un quasi-anonymat qu'un peu de lumière, et quelques commentaires, aurait suffi à lever.

Michel Roubinet

 

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Par Christine Ducq
Judith Kraft… une luthière américaine à Paris

Rencontre avec une femme remarquable, la luthière de viole de gambe Judith Kraft. Elle a bien voulu nous parler d'une passion qui est aussi devenue son travail. Vous pourrez la rencontrer à la 6e édition des Journées de Musiques Anciennes à Vanves, du 20 au 22 novembre, où se tient le plus grand salon international de lutherie ancienne en Europe.
l'occasion des Journées de Musiques Anciennes de Vanves - avec ses concerts, son salon de luthiers donc et ses colloques - auxquelles elle participera cette année
encore, nous avons voulu rencontrer Judith Kraft. Et cela tombe bien : le photographe Nemo Perier Stefanovitch lui consacre au même moment un livre splendide qui paraîtra dans quelques semaines. C'est dans son atelier de Belleville qu'elle nous reçoit avec la chaleureuse simplicité des plus grands.
Christine Ducq - Comment êtes-vous arrivée à Paris ?
Judith Kraft - Je suis née à Washington aux États-Unis, j'y ai vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. J'avais alors commencé des études universitaires et je jouais depuis l'enfance du violon en amateur. Mes études ne me plaisant pas trop, j'ai décidé de voyager en Europe. Juste avant mon départ, j'ai voulu faire réviser mon violon chez un luthier. J'ai été fascinée par son atelier avec ses établis, les bois, les outils et les instruments accrochés aux murs. J'ai eu une révélation : c'est cela que je voulais faire !

On peut donc entreprendre la lutherie à vingt ans ?

Judith Kraft - Tout à fait. C'est vrai qu'historiquement, c'est un métier qui s'apprenait en famille et s'exerçait de père en fils - jamais de filles bien-sûr. Mais quand je me suis décidée, je ne me suis pas posée de questions. Quelques mois après, j'étais à Paris comme jeune fille au pair dans une famille de musiciens amateurs. Ils m'ont aidée à trouver un luthier - à Ménilmontant - chez qui j'ai commencé mon apprentissage. C'était un original qui faisait tout par lui-même, qui réinventait tout - comme par exemple la mécanique d'un clavecin. J'ai beaucoup appris, en particulier à travailler le bois pour lequel je me suis d'ailleurs passionnée.

Quand avez-vous commencé à fabriquer des violes de gambe ?

Judith Kraft - C'était les années soixante-dix, on commençait à nous demander ces instruments. Je me suis dis alors que j'allais m'y consacrer quelque temps - tant que durerait cette "mode" - et que je me mettrais à la facture de violons après. Nous sommes en 2015 et je fabrique toujours des violes ! (Elle rit). Il est vrai que la demande a littéralement explosé depuis cette époque.
Les joueurs de viole étaient rares jusque dans les années soixante-dix ?
Judith Kraft - Oui, mais ces années-là ont vu le renouveau de la musique baroque. Même s'il y avait eu des précurseurs comme Wanda Landowska.
La viole a depuis effectué un retour en force et nombre de conservatoires proposent maintenant un cursus d'études qui lui sont consacrées. Ce qui n'était pas le cas avant. Et puis la viole est d'un apprentissage assez aisé.
C'est d'ailleurs historiquement un instrument de musiciens amateurs. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les nobles de cour en jouaient pour leur plaisir. Puis l'instrument a disparu, éclipsé par le violoncelle.

La sortie du film d'Alain Corneau, "Tous les matins du monde", a-t-il participé au retour en faveur de la viole ?
Judith Kraft - J'avais déjà beaucoup d'amateurs dans les années quatre-vingt-dix parmi mes clients mais j'ai constaté en effet que ce film a eu une influence. Le grand public a découvert l'instrument et son répertoire.
Vous ne fabriquez que des violes de gambe ?
Judith Kraft - Non, je fabrique aussi des violons et des instruments du Moyen-Age. Mais c'est plus rare.
Pour le luth que vous voyez au mur, par exemple, je me suis servie de l'iconographie qui nous est parvenue. Ce fut la même chose dans mes débuts de lutherie de viole. Nous n'avions pas de traces, pas de traités de fabrication, pas de tradition puisque l'instrument avait bel et bien disparu. Je devais (et je dois encore) pour une viole "historique" chercher à retrouver les processus de
fabrication du passé, tenter de me mettre à la place des luthiers d'autrefois pour comprendre.
J'arpente les musées, je vais voir des instruments anciens chez des collectionneurs aussi. C'est très différent de la lutherie de violon où existe une tradition ininterrompue de construction de l'instrument. Nous, pour la viole, devons tout réinventer. Et ce qui est merveilleux c'est que chacun le fait à sa manière. Mais nous échangeons beaucoup entre nous.

Êtes-vous nombreuses en tant que femmes à exercer cet artisanat ?

Judith Kraft - Quelques-unes. À mes débuts en tout cas, pour la lutherie de viole, on pouvait nous compter - hommes ou femmes - sur les doigts d'une seule main ! Cela a bien changé.

Pourrait-on dire que vous avez un rapport amoureux au bois ?

Judith Kraft - Totalement. J'entretiens avec tous les bois - comme l'érable, l'acajou et les autres - une relation quasi sensuelle ; j'ai une vraie attirance pour ce matériau et ce, depuis le début.

Quelle est la signification de ces très belles têtes sculptées sur les violes ? Est-ce symbolique ?
Judith Kraft - Il en a existé aussi sur les violons et les violoncelles par le passé. Puis ces têtes ont été remplacées par des volutes. On les trouve en effet encore sur les violes. Pour moi, ces têtes sculptées sont avant tout décoratives. Elles sont souvent choisies par le
commanditaire et celui-ci demande la tête de son fils adoré - ou comme une de mes amies une tête de Bernini. C'est avant tout une façon d'individualiser l'instrument.
Comment définiriez-vous le son de vos instruments ?
Judith Kraft - Ce que je vise - et parfois je réussis - c'est un son assez riche en harmoniques. Qu'on puisse entendre toutes sortes de choses dans le son de mes violes : des petites clochettes, des paillettes, le bruit du monde. Un son qu'on puisse modeler qu'on joue fort ou doucement - et que le timbre reste, une résonance spéciale. Je choisis soigneusement mes bois pour cela.
Interview réalisée le 12 novembre 2015.
Les 20, 21 et 22 novembre 2015.
Journées de Musiques Anciennes, Vanves (92).
Tél. : 01 41 33 93 70.
>> journees-musiques-anciennes.org
>> theatre-vanves.fr
>> judithkraft.net

 

 

   
   
   

 

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musicologie.org

L'ensemble musica nova au festival de musiques anciennes de Vanves

Pour la sixième année, la musique ancienne est à l’honneur à Vanves, grâce à Carine Moretton, la fondatrice du festival. À l’origine, le thème de la lutherie a réuni quelques professionnels archetiers, luthiers, et le public a suivi avec enthousiasme. Cette année, trois journées célèbrent musicalement le Moyen-Âge et la Renaissance, ponctuées par cinq concerts, un colloque dédié à la femme et un salon des luthiers (clavecins, flûtes, harpes, vielles à roue et cordes frottées, même des spécialistes de rosaces en parchemin !).
Pour le premier concert, exceptionnellement en ces temps troublés, le public est remercié pour son « courage » d’être venu au rendez-vous. Les soutiens ont été nombreux de la part des mélomanes et l’église Saint-Rémy de Vanves est
presque remplie. Surprenante par sa brièveté et son impétuosité, la première partie du concert saisit le public. Les étudiants du Conservatoire de région de Paris assènent aux spectateurs une dose de décibels peu supportable.
Pourtant, l’idée de créer une oeuvre contemporaine jouée par des instruments anciens est séduisante. Malgré les contrastes apparents entre musique médiévale et musique contemporaine, des rapprochements ont souvent été mis évidence entre les deux esthétiques, se situant aux antipodes des conceptions romantiques de l’expression musicale.
Le concert commence avec délicatesse et poésie : les harmoniques des flûtes et cordes joués pianissimo créent d’abord un climat mystérieux et propice à la rêverie. Mais le rêve devient très rapidement cauchemar. Les sons agressifs se succèdent, évoquant une violence rappelant les climats de guerre. Intentionnel ou non en cette période tragique, le caractère musical était peu adapté pour des spectateurs passionnés de musique ancienne plus intime, de chants de
troubadours, de polyphonies savantes, en passant par les sonneries et danses médiévales, joyeuses mais pas obligatoirement tonitruantes.
Cependant, aussitôt arrivés, aussitôt repartis : les jeunes musiciens quittent la place après huit minutes de musique. On aurait aimé entendre davantage les instruments anciens dans les répertoires pour lesquels ils ont été conçus,
d’autant plus que chaque musicien s’est montré d’excellent niveau. La flûte à bec soprano a commis quelques horreurs tels les sons provocateurs entendus par des milliers de professeurs de musique dans les salles de classe, mais cela était volontaire, dans le climat cataclysmique de l’oeuvre tout entière. Dotée d’un
timbre velouté et d'une voix ample, la soprano Cécile Lohmuller prononce un texte dont on ne comprend pas un mot, mais ce n’est guère sa faute. La partition au titre évocateur (« Éclats ») est écrite ainsi, rappelant les expérimentations de Berio, Cage et Boulez, dès les années soixante, faisant éclater le poème pour en extraire la substantifique moelle acoustique et timbrique. Or, les deux textes chantés, reproduits dans le programme du concert, possèdent en eux-mêmes une toute autre intention que la polyphonie
entendue : un extrait voluptueux du Cantique des Cantiques, « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour vaut mieux que le vin […] » et un mélancolique rondeau de Christine de Pisan : « Et de faire dueil se tenir / Dure chose est à soustenir […] ». Prenant donc le contrepied sémantique du texte utilisé, le compositeur n’explique pas ses choix.
Ressentie comme une fin en soi (le son pour le son), la superposition des dissonances ne peut être goûtée par le public à qui le sens échappe. On a bien reconnu auditivement que la fin ressemble au début, le volume redevenant faible jusqu’à l’inaudible, au grand soulagement de nos tympans malmenés, la symétrie amenant la conclusion de l’oeuvre. Mais l’évolution interne reste bien
confuse, cacophonique à souhait, avec des imitations de klaxons de voitures, de sirènes. Les commentaires dans le programme contribuent à brouiller les pistes, indiquant que « la forme s’inspire du rondeau, sans qu’il y ait de réels retours ».
Ce même programme présente comme originale l’idée de réunir des « instruments appartenant à des familles différentes ». Or, depuis les années cinquante, c’est ce même principe qui régit les ensembles instrumentaux « contemporains » : rompre avec l’instrumentation classique puis romantique du tapis sonore du quintette à cordes sur lequel se posent vents et percussions.
L’acoustique de l’église accueille ensuite avec bonheur l’ensemble vocal et l’orgue portatif, dans un programme construit presque chronologiquement, sur un siècle et demi, du début XVe (Gilles Binchois) jusqu’au milieu du XVIe siècle (Cabezón). Surprenantes, les pièces de Johann Schrem, dont on ne connaît pas les dates, évoquent davantage l’harmonie de Schütz (1585-1672) plus élaborée, pour les pièces d’orgue qui foisonnent d’accords de quatre sons. Avec discrétion et efficacité, Joseph Rassam soutient les chanteurs et joue des pièces d’orgue seul alternant avec les polyphonies. Particularité de cet ensemble, les chanteurs lisent courageusement sur « fac-similé », c’est-à-dire la
copie de la partition d’origine, dans laquelle chaque interprète ne lit que sa propre partie. Impossible donc d’envisager d’anticiper pour mettre en valeur telle ou telle voix qui n’est pas la sienne dans la polyphonie. C’est d’habitude le rôle
du chef de mettre en évidence la construction polyphonique de la pièce aux oreilles mêmes des musiciens, qui ne peuvent bien entendre l’ensemble quand ils sont en train de chanter. Tentant de restituer le travail « de l’époque », le
haute-contre Laurent Kandel dirige en même temps. Comment envisager la dynamique collective de la musique si chacun ne lit que sa voix ? Seul le facteur temps permet aux musiciens talentueux de s’imprégner de l’ensemble de la
polyphonie, pour en extraire la hiérarchie de la construction, faire ressortir les différentes entrées, disparaître au profit d’une partie voix plus expressive.
L’un des interprètes affirme vigoureusement : « à l’époque, il n’y avait pas de nuances. C’est une aberration de penser nuances comme au dix-neuvième siècle ». On se demandera donc à quoi sert, aujourd’hui, de pouvoir lire la
polyphonie complète sur sa partition et pas seulement sa partie et pourquoi un
concert entier sans « nuances » provoque ennui et lassitude pour le public immobile. Pouvoir monter des programmes rapidement est l’un des moteurs des groupes musicaux professionnels, c'est-à-dire de concevoir la musique
collectivement dans un temps restreint. Certainement, la conception du temps était différente chez les interprètes médiévaux. On peut supposer qu’ils prenaient le temps de chanter ensemble jusqu’à connaître la partie de leurs partenaires, quasiment par coeur, leurs répertoires n’ayant aucune commune mesure avec les kilos de partitions enfournées par les chanteurs actuels.
Le programme présenté ce soir a été courageusement monté en quelques semaines, le chef le reconnaît, et, malgré l’habitude des chanteurs lecteurs, travaillant leur voix, l’on peut sentir parfois un déséquilibre entre les parties et une concentration de chacun sur sa propre écoute et non celle de tout l’ensemble. Le « conducteur », comme il se nomme dans le programme, chante en même temps, ce qui se faisait à l’époque, mais ne permet pas de guider les autres interprètes du groupe vers une lisibilité globale de la partition.
Dans les conditions de ce concert, la construction des oeuvres interprétées n’est guère audible puisque les entrées de chaque soliste sont peu mises en valeur et le volume sonore à peu près constant. Si certains affirment qu’il n’y avait « pas de nuances à l’époque », ils se réfèrent sans doute au fait que les nuances n’étaient pas écrites par les compositeurs, jusqu’à l’époque du Cantor. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas. Nul besoin d’un traité théorique pour sentir à quel moment on laisse la parole aux autres, dans le discours polyphonique, à quel moment la pulsation doit évoluer, ralentir ou accélérer,
selon le sens du texte et de la musique. Cela doit se faire « naturellement » pour les chanteurs habitués à ce répertoire. Tous les musiciens savent que les « nuances » doivent être exagérées dans une acoustique très résonante, que le public peut se lasser d’un volume sonore quasi constant (l’alternance entre chant et orgue était d’ailleurs bien pensée dans ce programme riche et varié).
Parmi les interprètes de qualité, on remarqua la souplesse de la voix légère et ronde de soprano d’Esther Labourette, au joli nom adapté à ce répertoire, posée avec délicatesse sur la polyphonie de ses comparses masculins et tenant sa partie avec grâce et conviction. Le haute-contre, chef de l’ensemble, assure une battue précise et souple avec une voix légère et agréable. Dans un duo savoureux de Gilles Binchois (ca 1440-1460) avec Esther Labourette, le ténor Benjamin Ingrao a séduit dès l’entrée. Le titre Comme femme déconfortée a prêté
son titre au concert tout entier. Doté d’un timbre clair et ample, le ténor lyrique s’adapte avec souplesse à toutes les configurations et tessitures, dans une remarquable musicalité, au point qu’on lui fait chanter des parties de baryton (polyphonie oblige) dans lesquelles il disparaît presque, tout en permettant activement la cohésion harmonique de l’ensemble.
Le quintette masculin de l’ensemble Musica nova est homogène excepté la voix écrasée d’un contre-ténor. Le phrasé est volontairement droit et serré, rigide et sans nuances. Ce n’est ni plus laid ni plus beau, c’est simplement autre chose,
peu adapté à la couleur générale. Riche musicalement, ce concert a permis également aux spectateurs d’échanger avec les interprètes, de poser des questions, d’admirer l’orgue positif. Souhaitons longue vie à ce festival Journées de Musiques anciennes, enrichissant pour tous les mélomanes curieux (pléonasme ?).
Flore Estang
20 novembre 2015

 

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Par Karima Romdane
Marco Beasley présente "Laura" aux Journées
de Musiques Anciennes
La 6e édition des Journées de musiques anciennes qui se déroule du 20 au 22 novembre dévoile sa nouvelle identité : une identité au féminin pluriel : Elles. Reines, filles
du peuple, guerrières, icônes, pythies, déesses, musiciennes, compositrices, muses, amoureuses, épouses, mères…Cette édition a voulu inviter non pas la femme, mais les femmes, toutes les femmes. Et, à la lumière de ces figures, nous interroger sur la féminité.
Dans ce cadre, Marco Beasley présentera Samedi 21 novembre à 21h "Laura" Renaissance italienne (Tromboncino, Fogliano, Cara, Scoto, Borrono...).
Laura est le nom de la dame bien-aimée que célèbre Francesco Petrarca, l’un des plus importants poètes italiens, et l’ensemble de sa production poétique lui est consacrée. Ses poésies ont été très souvent mises en musique par les compositeurs de la Renaissance. Le poème Vergine Bella, qui termine le recueil Il Canzoniere, est le testament spirituel d'un homme qui a poursuivi l'Amour toute sa vie : un hommage à la femme, source d'inspiration, source de vie. Le territoire du Royaume des Deux-Siciles, qui inclue le sud de l'Italie d'aujourd'hui et la Sicile, est un carrefour naturel où les cultures orientales et occidentales de la Méditerranée se sont rencontrées. Il s’y est développé un langage d'amour dans lequel la Femme est toujours liée au coeur et à la Terre.
Marco Beasley, entre orient et occident, nous emmène à la rencontre de Laura, cette femme qui incarne toutes les femmes, et nous émeut par sa voix au timbre si particulier qu’il touche le coeur en droite ligne.
Marco Beasley sa personnalité embrasse l'âme insouciante de Naples, la joie de vivre, de faire de la musique et le désir d’être immergé dans le monde de la poésie et de la littérature. Il réunit de nombreuses qualités comme la pureté claire et inimitable du timbre de sa voix ; une technique vocale très particulière qui est le résultat d'une vaste étude personnelle et historique ; l'amour des mots, tant issus de la littérature que des dialectes ; une prédisposition naturelle pour la communication et l’expressivité. Tout cela donne une variété de couleurs vocales, une approche musicale captivante dans laquelle la joie et l'irrévérence laissent place à un style plus élégiaque et solitaire, à la fois intime et émouvant. Du chant grégorien à la polyphonie, de la frottole du XVIe siècle aux motets, du recitar cantando aux chansons napolitaines, jusqu'aux réinventions modernes de genres historiques : ses qualités exceptionnelles, tant vocales qu'expressives, lui permettent de couvrir une très large gamme de périodes et de styles musicaux. Marco Beasley est né à Naples en 1957. Pendant ses études, il étudie à l'Université de Bologne, en approfondissant sa connaissance des deux pivots stylistiques de la Renaissance. Depuis, il a chanté sur les plus prestigieuses scènes mondiales, du Mozarteum de Salzbourg au Concertgebouw d'Amsterdam, de l'Accademia Di Santa Cecilia à Rome au Lincoln Center à New York. Au bout de trente ans, il quitte Accordone, le groupe qu'il a fondé en 1984, pour un voyage plus personnel et indépendant.
Il travaille en ce moment sur de nouveaux programmes dans lesquels il continuera à s’épanouir comme chanteur, acteur et auteur-compositeur.