ApotropaïK

17/11/2018

19h

Théâtre de Vanves

Tarif : 12 € - 20 €

Clémence Niclas - chant et flûtes à bec
Clément Stagnol - luth médiéval
Louise Bouedo-Mallet - vièle à archet
Marie-Domitille Murez - harpe gothique

Aÿ Amours !

La lyrique courtoise constitue sans doute l’essence poétique de la musique médiévale profane. Source inépuisable d’inspiration pour les troubadours ou trouvères, elle trouve une résonance dans les chants d’amours du XVe siècle, laissant la place à l’expression d’un amour transi ou déçu.
La première partie de ce programme réunit des œuvres autour d’un type d’écriture largement en usage depuis le XIe siècle pour les répertoires profanes, celui de la monodie. Elle s’ouvre sur une canso du troubadour Folquet de Marseille (c. 1150/60-1231), composée à l’époque où la cité phocéenne constituait un centre musical important au sein de l’espace d’influence occitan, accueillant de nombreux troubadours étrangers. Folquet fut certainement l’un des plus grands troubadours en son temps, au point que Dante le plaça dans sa Divine Comédie. Il n’est pas inutile de
rappeler que le troubadour (de « trobar », signifiant composer, inventer) appartient à la sphère noble de la société médiévale et conçoit à la fois ses textes et leur mise en musique. Son œuvre est intimement liée à la notion d’amour courtois (ou fin’ amor, en occitan) : plus qu’un code poétique, il s’agit d’un véritable art de vivre mettant en scène un amour raffiné entre le poète et l’image de la femme idéalisée, cette dernière étant l’objet d’un désir éternellement inassouvi. La production lyrique des troubadours possède son exact équivalent au Nord de la France avec leurs alter ego les trouvères, dont l’œuvre est en langue d’oïl, ancêtre du français actuel. À ce titre, Le Roman de Fauvel, dont une monodie est ici donnée à entendre, marque une synthèse de l’art des trouvères et annonce la fin d’une lyrique dont Guillaume de Machaut sera le dernier représentant. Si le Chansonnier du roi (BNF, ms. fr. 844), manuscrit rédigé au XIIIe siècle, constitue une source importante de ces monodies profanes, il conserve également dans ses pages parmi les premières estampies notées, pièces instrumentales liées à la danse. Ces « estampies royales » possèdent leurs pendants italiens au sein du manuscrit dit « de Londres » qui renferme le sublime Lamento di Tristano, référence explicite à la légende médiévale de Tristan et Iseult. Apparue dans la tradition orale bretonne, bon nombre de poètes se la réapproprieront à partir du XIIe siècle. À l’opposé des codes de la tradition courtoise prônant un amour idéalisé, la figure des deux amants malheureux évoque ici l’amour consommé qui les fait courir à leur propre perte. Cette pièce met en scène le désespoir de Tristan au moyen d’un pathos exacerbé, dans un geste quasi programmatique. Qu’elle soit d’essence vocale ou instrumentale, l’accompagnement de la monodie demeure une source inépuisable de questionnements et sa réalisation est laissée aux soins de l’interprète, appelant à la (re)création.

Ensemble ApotropaïK

Fort d’un instrumentarium varié, l’ensemble ApotropaïK renouvelle l’approche des répertoires médiévaux.
Ses membres sont pour la première fois réunis en novembre 2015 à l’occasion de la Nuit de la Corée coorganisée par le CNSMD de Lyon, manifestation s’inscrivant dans le cadre des célébrations de l’Année France-Corée 2015-2016 sous la cotutelle de l’Institut français.
Les débuts de l’ensemble ont lieu sous le signe du dialogue interculturel avec un premier concert où sa prestation se voit mise en regard avec celle d’un ensemble de musique traditionnelle coréenne. Dans la même perspective, l’ensemble a été choisi en septembre dernier pour représenter les étudiants du CNSMD de Lyon au projet « Transcultural Confluence », événement fondateur et inédit d’un programme d’échange unissant la Royal Academy of Music (Aarhus, Danemark) et le Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté (Bamako, Mali). Cette expérience fut l’occasion d’une approche multidisciplinaire en proposant des créations mêlant musiques actuelles (rap, pop, jazz…) ou extra-européennes à un matériau médiéval initial, à partir de monodies issues de l’œuvre de Guillaume de Machaut ou du manuscrit de Londres. Cette résidence a débouché sur un travail de restitution dans le cadre de la saison publique du CNSMD de Lyon. Expérience unique de partage, elle dénote l’universalité de ces répertoires dont celui de la monodie, dont les propositions d’interprétations sont infinies pour le musicien.
L’ensemble ApotropaïK a été depuis invité à trois reprises dans la prestigieuse saison de concerts-rencontres du Centre de musique médiévale de Paris au musée de Cluny (musée national du Moyen-Âge). Il est amené à se produire dans divers festival de renom en France et en Europe : Mars en Baroque (Marseille), MAfestival (Bruges), Gröpelinger Barock Festival (Bremen), Festival de Sablé (Sablé-sur- Sarthe). Son répertoire s’étend de la fin du XIII e siècle jusqu’au XV e siècle, à l’orée de la Renaissance, pratiquant aussi bien la musique instrumentale, à l’instar des estampies italiennes du manuscrit de Londres ou des diminutions du Codex Faenza, que les répertoires vocaux comme la chanson bourguignonne, les monodies de Machaut et Lescurel, les chansons de Dufay ou les mélodies de l’Ars subtilior.
En novembre 2017, ApotropaïK remporte le 1 er prix lors du 2 e Concours International des Journées de musiques anciennes de Vanves.